L'enseignement selon BKS

La spécificité du yoga Iyengar se résume en deux mots clés : précision et intensité.

Dans le yoga Iyengar, il s’agit de rassembler toutes ses énergies physiques et mentales pour aligner son corps, ce qui entraîne un alignement entre les systèmes anatomique, physiologique, énergétique, psycho-mental, intellectuel et spiritual.

Les élèves sortent des cours de yoga Iyengar comme d’une séance de méditation parce qu’on ne leur donne pas la possibilité de s’évader mentalement ailleurs. Le sage Patanjali, père fondateur du yoga recommandait de se concentrer sur une partie de son corps, n’importe laquelle, sachant qu’aucun être humain normal ne pouvait se concentrer plus de 28 secondes. C’est de cette concentration sur le corps que découle la méditation. Cette recommandation est au coeur de la pratique du yoga Iyengar. Ce type de concentration est appelé méditation dans l’action.

Le yoga Iyengar est l’un des plus pratiqués et compte à ce jour 3000 enseignants et 400 centres répartis dans le monde. Il y a 140 enseignants certifiés en France. L’association française de yoga Iyengar est en charge de contrôler l’authenticité et la qualité de l’enseignement dispensé. Elle publie la liste des professeurs autorisés à diffuser l’enseignement de B. K. S. Iyengar.

IYENGAR – DANS  « L’ÉTHIQUE » DE LA POSTURE

(Article d’Anaïs Joseph paru sur le site  Yoga Journal)

La méthode Iyengar met particulièrement l’accent sur le développement de la force, de l’endurance et de l’alignement. La précision et la rigueur, soutenues par une volonté de fer, sont les moyens d’ouvrir les portes de la conscience.

Des sangles attachées au mur, des briques de bois, des poids en métal, des bancs arqués, des bancs droits, des chaises, des coussins … Que peut-on bien faire avec tant d’objets dans une salle de yoga ? « Apporter un soutien lorsque la posture le nécessite, de façon à maintenir l’āsana avec un bon alignement », explique André Rivoire, fondateur de Yoga Raspail, un centre où l’on pratique le Yoga Iyengar à Paris. L’alignement n’est pas seulement le B.A.-BA selon ce représentant de l’enseignement Iyengar, c’est aussi l’essence même du yoga.

La clé de l’alignement

Chez les puristes du Yoga Iyengar, on ne parle pas d’alignement mais d’éthique de la posture tant ce principe est fondamental. « Au départ, il s’agissait pour B.K.S. Iyengar de chercher la véritable efficacité des postures », explique Faeq Biria qui a étudié presque quarante ans aux côtés du maître indien. Il s’est aperçu qu’on disait que telle ou telle posture était bonne pour le foie ou les intestins, mais que l’on n’obtenait pas toujours les résultats escomptés. C’est même parfois l’inverse qui se produisait : «J’ai rencontré en Inde des yogis qui, à force de rester dans l’équilibre sur les épaules, étaient devenus sourds ! Dans notre pratique, nous plaçons systématiquement des couvertures sous les épaules pour éviter les problèmes cervicaux et la surdité. Avec les supports, ces problèmes sont résolus : à l’institut de Pune, une jeune Indienne qui devenait sourde a pu récupérer plus de 60 % de son audition grâce à l’utilisation des supports appropriés », se souvient-il, ému.

Cette connaissance fine des effets de la posture et des outils pour la rendre plus efficace a permis un rayonnement international du Yoga Iyengar dès les années 1980. Aujourd’hui, la plupart des centres Iyengar proposent des cours pour « les cas particuliers » où des personnes atteintes de sclérose en plaques, de rhumatismes aigus, de cancers inopérables, peuvent pratiquer de manière adaptée – avec l’accord préalable de leur médecin.

Le pouvoir de la volonté

L’alignement est d’autant plus important chez Iyengar que les postures sont maintenues assez longtemps. Dans le yoga traditionnel, l’unité de base pour maintenir la posture est 3 minutes ; avec la pratique on peut prolonger à 6, 9, 12 minutes ou plus. Un débutant et a fortiori une personne malade atteignent difficilement les 20 à 30 secondes… « Grâce aux supports on peut davantage maintenir la posture. Leur rôle n’est pas de supporter notre poids mais de soutenir notre volonté d’apprentissage », précise André Rivoire. « Maintenir la posture en respectant son éthique c’est prouver que l’on est prêt à prendre son destin en main : c’est un véritable effort qui demande un travail sur soi, une remise en cause profonde dès la première année. » Pour parvenir à développer la force de volonté des élèves, les professeurs usent parfois de leur autorité. « J’ai forcé une élève à se mettre dans la posture sur la tête parce que je savais qu’elle pouvait physiquement le faire et qu’elle reculait à cause d’une peur intérieure, d’une barrière mentale. Ce sont précisément ces barrières qu’il faut faire tomber ! Je savais qu’elle pouvait accepter psychiquement que je la rudoie parce qu’elle n’était pas débutante et qu’elle se préparait depuis plusieurs années à cet effort », témoigne André Rivoire qui n’est que bienveillance et douceur. Déceler si l’élève est apte à passer au niveau supérieur n’est pas une chose aisée pour les professeurs. Il faut beaucoup d’expérience, une écoute fine du corps et de l’état psychique de l’élève », témoigne ce professeur qui pratique par ailleurs la méditation dans le cadre du Centre bouddhiste tibétain KZK qu’il dirige depuis 1988.

Un yoga structuré pas à pas

La pratique du yoga Iyengar est découpée en niveaux, de manière à ce que l’élève n’aborde pas n’importe quelle posture à n’importe quel moment. Les premières années, il explore les postures debout qui renforcent la structure osseuse et musculaire d’un côté, et améliorent la circulation sanguine de l’autre. Les deux sont gages d’une stabilité physique et émotionnelle. Cet état est nécessaire pour envisager le deuxième niveau, où l’élève explore les équilibres comme la posture sur la tête, ainsi que les flexions arrière pour ouvrir les alvéoles pulmonaires supérieures, prémices du travail axé sur la respiration. Celle-ci n’est abordée qu’au troisième niveau, lorsque le corps est prêt à rester assis, immobile et étiré, avec les yeux fermés, sans que pour autant la conscience ne s’enferme dans des pensées intérieures. Il faut encore trois autres étapes pour intégrer l’ensemble de l’enseignement tel que B.K.S. Iyengar l’a présenté dans son ouvrage de référence mondiale Lumière sur le yoga.

Quel que soit le niveau, le cours en lui-même est séquencé en trois temps : « On commence par détendre et ouvrir le corps, puis par calmer le mental. Ensuite, on prépare le travail axé sur une famille posturale. Enfin, on ferme le champ physique et mental du corps avec le cycle d’équilibre sur les épaules et la relaxation », explique Faeq Biria, initiateur du cours de formation à l’enseignement en France, et responsable de formation à travers le monde. La classification évolutive des postures selon leur structure anatomique et physiologique est un des plus grands apports de B.K.S. Iyengar à l’histoire du yoga. Certes, il a poussé très loin le travail sur l’alignement et le maintien des postures mais il considérait qu’il ne faisait que remettre au goût du jour des connaissances ancestrales. L’originalité de B.K.S. Iyengar est d’avoir instauré comme règle de n’approfondir qu’une seule famille posturale lors d’un cours. Avant lui, on proposait toujours une posture accompagnée de sa « contre-pose », comme en gymnastique. Mais, pour le corps, c’est comme enchaîner un café et un somnifère ! Dans la méthode Iyengar, le cours est structuré comme une symphonie : on fait monter l’énergie et, au fur et à mesure que l’on amène le corps vers la relaxation profonde, on fait restaurer cette énergie dans les cellules. Par exemple, alors que la plupart des écoles de yoga finissent la pratique par la posture sur la tête qui crée la chaleur et l’état d’éveil dans le corps, nous la faisons toujours suivre par un cycle d’équilibre sur les épaules, posture complémentaire qui rafraîchit le corps et le système nerveux.»

Fruit d’une quête menée durant toute une vie, le Yoga Iyengar est aujourd’hui enseigné par 250 professeurs en France, dont un quart de diplômés en 2015. Leur formation et leur examen sont encadrés par une seule et même structure, l’Association française de Yoga Iyengar (AFYI), garante de la transmission et de l’intégrité des enseignements. « Partout dans le monde, des règles strictes instituent les associations nationales », souligne Daniel Madaoui, son président. À l’image de la pratique, les formations et les associations sont structurées de manière identique de façon à conserver au mieux « l’éthique » du yoga de B.K.S. Iyengar.

Dossier complet à retrouver dans votre Yoga Journal N°6